Rompre ou ne pas rompre avec le capitalisme ? Stratégies d’ingénieur·es confronté·es à l’urgence écologique

Par Antoine Bouzin, Hadrien Coutant
Français

Les ingénieur·es français·es participent historiquement d’un salariat de confiance du capitalisme. Iels constituent une fraction de classe faiblement politisée située dans ou à proximité du champ du pouvoir économique et industriel. Pourtant, on observe, depuis le milieu des années 2010, un certain nombre d’indices forts de l’engagement écologique des ingénieur·es. Cet article vise à comprendre les recompositions internes au groupe socioprofessionnel des ingénieur.es et les luttes de classement qu’iels opèrent dans leur appropriation interprétative, discursive et pratique des enjeux écologiques. Nous cherchons à comprendre et à analyser les stratégies de reproduction, voire de revalorisation, entreprises par une fraction de classe doublement bousculée, à la fois par la perspective écologique catastrophiste et par la rationalisation du travail. Fondé sur une approche mixte qualitative et quantitative, l’article montre deux grandes familles de stratégies opposées par lesquelles les ingénieur·es préoccupé·es par les questions écologiques luttent pour assurer le maintien de leur position dominante, et qui recomposent les fractures internes à la profession. On peut observer d’un côté des formes de renouvellement, voire d’élargissement, de la position des ingénieur·es, pour lesquel·les l’écologie permet de renforcer leur position contestée et, d’autre part, une fraction, notamment parmi les plus jeunes et issu·es des écoles les plus prestigieuses, qui reconvertissent leurs capitaux scolaires et culturels dans d’autres champs au travers de l’engagement écologique.

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