Que peut la sociologie pour la théorie politique ? Manin lecteur de Montesquieu

Par Cyril Lemieux
Français

Pour la théorie politique, les critiques que la sociologie lui adresse restent le plus souvent des considérations d’ordre extérieur, les sociologues, pour des raisons défendables, se gardant généralement d’entrer dans le jeu de l’argumentation philosophique. L’approche ici proposée se veut différente : elle envisage la possibilité pour le raisonnement sociologique d’affecter intérieurement la théorie politique. Par la double revendication dont il fait l’objet de la part des traditions philosophique et sociologique, un auteur invite à cette démarche : c’est Montesquieu. Mais encore faut-il savoir le reconnaître, et c’est en quoi la lecture de l’Esprit des lois qu’a proposée Bernard Manin se révèle essentielle. Cette lecture met en effet admirablement en lumière la manière dont Montesquieu, le premier, fit entendre une manière de penser la société qui, quoiqu’on ne peut plus moderne, s’affirma en rupture avec le « libéralisme individualiste et unitaire » des Modernes. En fin de compte, les analyses de Manin permettent de retourner le questionnement initial : et si les combats que livrent aujourd’hui encore les descendants de la tradition philosophique initiée par Montesquieu – dont Manin lui-même – étaient en mesure à leur tour d’affecter intérieurement la sociologie, en l’aidant à se défaire, d’un même mouvement, tant de sa fausse conscience positiviste que de son accommodement vis-à-vis de l’arbitraire de la critique ?

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