La France insoumise, un « mouvement » qui n’en a que le nom ? Effacement symbolique et transformations pratiques de la forme partisane

Par Manuel Cervera-Marzal
Français

Les partis politiques européens font face à une lente érosion de leur socle électoral et militant. Pour tenter d’échapper à ce déclin et, en particulier, à la démonétisation du label partisan, plusieurs organisations politiques nées après la crise de 2008 (Mouvement 5 Étoiles, Podemos, La République en marche, la France insoumise) s’autodéfinissent comme des « mouvements ». Ce vocable indigène trouve un certain écho du côté de la science politique, où s’est récemment diffusé le concept de « parti-mouvement ». Plutôt que d’utiliser ce concept comme catégorie analytique à même d’éclairer sociologiquement le phénomène France insoumise (FI), cet article propose d’étudier les usages militants de la notion de « mouvement ». À travers le cas particulier de la FI, il s’agit de participer à une réflexion plus générale sur la discrétion partisane et sur la façon dont certaines formations, en s’ajustant à la « crise des partis », contribuent à cette crise tout en reconduisant des logiques partisanes non présentées comme telles. Les usages du « mouvement » analysés ici ne sont pas uniquement langagiers ; il s’agit également d’aspects pratiques (règles d’adhésion, répertoire d’action, fonctionnement interne, utilisation du financement public, ancrage territorial, etc.), les deux dimensions – discursives et matérielles – étant étroitement imbriquées. Enfin, il importe de restituer ces usages dans leur contexte socio-politique et d’interroger leur historicité.

Mots-clés

  • France insoumise
  • partis politiques
  • mouvements sociaux
  • parti-mouvement
  • démocratie intrapartisane