De la panique morale à la production expertale

Varia
Les usages de la catégorie racialisée de gang de rue dans les mutations des politiques de traitement pénal de la jeunesse à Montréal
Par Nicolas Sallée, Benoit Décary-Secours
La catégorie de gang de rue construit depuis les trente dernières années au Québec l’image d’une jeunesse présentée comme nouvelle classe dangereuse, issue des classes populaires et des minorités racisées. Émergeant d’abord au sein du champ médiatique à la fin des années 1980, la catégorie a été l’objet d’une importante production criminologique dans la seconde moitié des années 1990, légitimant une réorientation des politiques publiques montréalaises du traitement pénal de la jeunesse. Inspirés par une perspective généalogique, nous décrirons d’abord l’émergence d’une préoccupation médiatique pour les gangs de rue, révélant la manière dont, sur fond de racisme anti-Noir, un consensus a progressivement émergé autour de la nécessité d’agir sur un phénomène dont l’existence même était pourtant initialement contestée. Nous reviendrons ensuite sur l’investissement expertal de la catégorie, mettant en évidence la manière dont son efficacité symbolique a stimulé la production d’un ensemble de travaux criminologiques qui ont contribué à en étendre l’usage sans pour autant lever son flou constitutif. Nous montrerons enfin comment, légitimant la diffusion d’une logique mondialisée de gestion des risques, la catégorie s’est imposée jusqu’au cœur des jeux relationnels qui structurent les pratiques quotidiennes de suivi des jeunes délinquants montréalais.
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