La carrière de « la sécurité » en milieu socialiste (1993-2012). Sociologie d’une conversion partisane

Dossier : La mise en politique des idées
Par Rafaël Cos
Cet article analyse la conversion, depuis le milieu des années 1990, des socialistes à « la sécurité », longtemps restée un marqueur de la droite et de l’extrême droite. Équipée de la notion de carrière appliquée aux idées politiques, l’enquête vise deux objectifs. En explorant les formes d’objectivation discursives, textuelles et organisationnelles de cette conversion, il s’agit d’une part de rendre compte des conditions de possibilité de ce braconnage en terres adverses. En suivant une approche processuelle des appropriations socialistes de « la sécurité », il s’agit d’autre part de prendre la mesure de leur caractère très erratique. Travaillée par des logiques contradictoires, la conversion du parti est ainsi loin d’exister sous la forme d’une séquence linéaire (prise en charge doctrinale, élaboration programmatique, mobilisation électorale et mise en œuvre gouvernementale). L’institutionnalisation de « la sécurité » se joue et se déjoue selon les différentes aspérités qu’offre l’enjeu pour les acteurs qui s’en saisissent, c’est-à-dire selon que la valeur de cet enjeu peut ou non se monnayer sur des marchés politiques différenciés. L’enquête mobilise des archives publiques et privées, un corpus de presse et une série d’entretiens conduits auprès des acteurs les plus directement impliqués dans cette entreprise de conversion.
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