Faire réagir les témoins face au harcèlement de rue. Enquête sociologique sur la politisation des rapports de genre dans l’espace public

Dossier : Le politique au coin de la rue
Par Mischa Dekker
Dans les récentes campagnes de sensibilisation contre le harcèlement de rue, la critique des témoins, qualifiés de passifs, est constante. On retrouve souvent l’image d’un.e passant.e apathique, qui serait indifférent.e à l’agression, et on présente souvent la non-intervention des témoins comme une forme d’égoïsme, ou liée à la peur de subir soi-même des violences. En France, le problème public du harcèlement de rue a été défini principalement à partir du vécu de la victime et comme une violence faite aux femmes, orientant les débats vers une explication de la non-intervention des témoins comme une forme d’indifférence au sexisme. En mettant l’accent sur le caractère violent et envahissant de ces comportements vis-à-vis des victimes, ce cadrage s’est moins intéressé aux difficultés qu’ont souvent les témoins de ces situations pour les qualifier comme relevant du harcèlement. Nous nous intéressons à des interventions en milieu scolaire, organisées par des associations afin de sensibiliser des lycéens à la question du harcèlement de rue et les encourager à intervenir s’ils en sont témoins. Si les intervenant.e.s expliquent initialement la non-intervention comme une forme d’indifférence au sexisme et de résistance à leur politique qui vise à protéger l’autonomie des femmes et des personnes LGBTQI+, les réactions des élèves montrent que celle-ci vient plutôt de la peur qu’une intervention soit perçue comme une atteinte illégitime à l’autonomie d’autrui. Cet article interroge ainsi la réduction de toutes les résistances à des politiques progressistes et anti-sexistes à l’expression d’idées conservatrices et misogynes, en montrant qu’elles peuvent être le fruit de tensions internes aux politiques visant à protéger l’autonomie des individus. La réflexivité des militant.e.s et la façon dont ils vont adapter leur démarche en fonction de ces résistances pratiques illustrent les difficultés mais également les manières de promouvoir des comportements solidaires dans une société qui valorise les libertés individuelles.
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