Pourquoi s’arrête-t-on devant les mémoriaux des attentats ?

Dossier : Le politique au coin de la rue
Politique et civilité autour des mémoriaux du 13 novembre
Par Sylvain Antichan
À partir d’une enquête ethnographique menée autour des mémoriaux du 13 novembre et de matériaux quantitatifs, la contribution entend répondre à une question d’apparence simple : pourquoi des individus s’arrêtent-ils devant ces mémoriaux ? À côté des analyses en termes de « communion nationale », de « deuil » ou de « résilience », elle vise à penser ensemble la banalité de ces pratiques et leur portée politique. Les publics des mémoriaux ne se caractérisent ni par des attitudes politiques spécifiques ni par l’intensité de leurs rapports aux attentats. Les arrêts apparaissent d’abord façonnés par des sociabilités ordinaires et les gestes définis par la situation sociale d’engagement physique au mémorial. L’article formule ensuite l’hypothèse que la dimension politique des pratiques réside dans la présence et la coprésence physique sur les lieux. Les individus y trouvent une reconfiguration localisée des rapports sociaux qui rompt avec le régime ordinaire des interactions en ville et où s’éprouve un autre régime de civilité. Les mémoriaux apparaissent alors comme les lieux de rituels positifs qu’on pourrait qualifier de purs. Ils ne produisent peut-être ni croyance ni effets durables mais le sentiment, le temps d’un arrêt, d’une inflexion des rapports sociaux.
Voir l'article sur Cairn.info