La faiblesse des partis agraires en France : le cas du « parti de l’agriculture » sous le Second Empire

Varia
Par Chloé Gaboriaux
Peu connus des chercheurs, les débats soulevés à la fin des années 1860 par les vains efforts d’un publiciste pour lancer un « parti de l’agriculture » sont pourtant riches d’enseignements. À un moment où les partis engagent un effort de structuration qui débouche, à la fin du XIXe siècle, sur la constitution de partis au sens moderne du terme, l’échec du « parti de l’agriculture » permet de mieux comprendre le paradoxe que constitue l’absence d’un parti agrarien ou paysan dans une France où les ruraux ont longtemps représenté une écrasante majorité électorale. La méfiance à l’égard des partis, souvent invoquée, ne suffit pas en effet à rendre compte de l’échec du parti de l’agriculture sous le Second Empire. Elle constitue surtout un argument efficace pour ses adversaires, dans un conflit que les électeurs ruraux finissent par trancher aux dépens de leurs porte-parole autoproclamés : réticente à confondre ses intérêts avec ceux des élites agricoles, la paysannerie s’est aussi montrée sensible aux discours de leurs adversaires, qui n’ont pas hésité à les dénoncer comme d’anciens notables soucieux de rétablir les relations féodales. Dans une France où les rapports de force sont puissamment déterminés par l’imaginaire social et politique légué par la Révolution, le « parti de l’agriculture » avait peu de chances de réussite, non pas en dépit mais en raison même de la prépondérance électorale des ruraux.
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