Les paradoxes de la supervision

Dossier : Paradoxes de la modernité
Le « règne du droit » à l’épreuve de la situation coloniale dans l’Inde britannique, 1772-1781
Par Gildas Salmon
L’ambition affichée par les Britanniques d’instaurer le « règne du droit » dans les provinces conquises par la Compagnie des Indes à la fin du XVIIIe siècle recouvre un projet de modernisation paradoxal, distinct de la rhétorique de la mission civilisatrice qui s’imposera au XIXe siècle : gouverner les Indiens selon leurs propres lois mieux qu’eux-mêmes ne sont capables de le faire. À travers l’analyse d’une affaire cruciale pour l’histoire du système judiciaire impérial, l’affaire de Patna, cet article met en évidence la faillite du dispositif mis en place par la puissance coloniale pour faire contrôler par des juges anglais l’administration du droit musulman dans les tribunaux du Bengale. Ce faisant, l’enjeu n’est pas seulement d’illustrer les difficultés auxquelles se heurte le mode d’exercice du pouvoir privilégié par les Britanniques, la supervision, dans un empire où coexistent plusieurs formes de droit hétérogènes. Il est également d’esquisser à partir des formes de réflexivité déployées en situation par les administrateurs coloniaux une généalogie de l’orientalisme, en montrant comment et pourquoi un savoir capable d’objectiver les systèmes juridiques propres aux peuples colonisés dans leur différence avec celui des colonisateurs est devenu nécessaire à l’exercice de la gouvernementalité impériale.
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