Comment les fondations façonnent les mouvements sociaux

Dossier : Entreprises philanthropiques
L’essor de la certification forestière et la construction d’un champ organisationnel
Par Tim Bartley, Hélène Boisson
Les chercheurs travaillant sur les mouvements sociaux ont montré que le soutien des fondations contribue à détourner ces mouvements de leurs activités radicales au profit d’objectifs plus modérés ; mais les études éclairant le déroulement de ce processus sont sous-représentées. Les recherches existantes se focalisent généralement sur deux aspects : d’une part les choix opérés par les fondations au moment d’attribuer des financements – à savoir la sélection systématique (cherry-picking) des groupes les moins menaçants –, d’autre part la transformation subie par les groupes subventionnés au fil du temps – à savoir la professionnalisation des groupements militants (grassroot groups). En revanche, on a jusqu’ici négligé la manière dont les fondations modèlent les mouvements sociaux en construisant ou en restructurant des champs organisationnels dans leur ensemble. Ces activités de « construction de champ » peuvent inscrire des organisations de mouvements sociaux dans de nouveaux contextes et les mobiliser pour de nouveaux projets, canalisant ainsi de façon plus complexe qu’il n’y paraît leur activité de revendication. Cette idée est illustrée par le cas de la certification forestière, forme de gestion inventée dans les années 1990 pour offrir une alternative modérée et fondée sur le marché aux boycotts environnementaux plus offensifs. À partir de données quantitatives et qualitatives, il sera ici montré comment les fondations ont coordonné leurs attributions de fonds pour mettre en place un champ propre à la certification forestière, ont mobilisé dans ce but des associations militantes et utilisé le levier de la protestation pour faire advenir leur projet.
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