De jeunes salariés confrontés à l’(in)justice du travail : recours aux prud’hommes et effets socialisateurs de l’épreuve judiciaire

Dossier : Justice au travail
Par Camille Trémeau
À partir d’une enquête menée au Conseil de Prud’hommes de Nantes auprès de jeunes salariés, cet article propose d’interroger la genèse de leurs mobilisations judiciaires. Il montre que le sentiment d’injustice ne constitue pas systématiquement le « moteur » du recours au Conseil de Prud’hommes, ou encore l’unique élément déclencheur du conflit. Certes, aux yeux des enquêtés, les épreuves vécues au travail nécessitent une reconnaissance et une réparation de nature symbolique et/ou pécuniaire. Mais aux usages offensifs des Prud’hommes s’articulent des logiques plus défensives, lorsque l’action en justice vise avant tout à mettre fin au contrat de travail. L’article éclaire par ailleurs les effets socialisateurs de l’épreuve judiciaire. Au terme de la procédure, si les savoirs juridiques et procéduraux des enquêtés peuvent s’accroître, ils demeurent le plus souvent limités à l’expérience vécue. En revanche, l’appréhension des relations salariales par les requérants apparaît transformée. L’expérience prud’homale consacre ainsi l’existence d’intérêts antagoniques entre employeur et salarié, et les encourage à développer un sentiment d’avoir « droit à avoir des droits ».
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