Une ZAD peut en cacher d’autres. De la fragilité du mode d’action occupationnel
Outre les emblématiques occupations de Notre-Dame-des-Landes ou du Testet qui monopolisent l’attention militante, médiatique et scientifique, se déploient en France depuis la fin des années 2000 de petites ZAD (« Zones à défendre ») hostiles à divers équipements de nature industrielle. Ces occupations invitent à questionner les conditions de possibilité et de félicité de ce type de performance protestataire. À partir d’une enquête ethnographique sur l’une de ces ZAD et d’entretiens auprès de plusieurs de ses « habitants » ainsi que d’anciens zadistes vivant à proximité, l’article explore sur le plan individuel, les logiques sociales et biographiques qui prédisposent certains individus à entrer dans une carrière occupante et, sur le plan collectif, les dynamiques permettant la mise en œuvre d’occupations protestataires. En raison tout d’abord des nombreuses expériences déviantes dans les trajectoires de certains zadistes qui sont souvent liées à un turnover et une faible idéologisation de la lutte ; des multiples coûts liés aux tâches auxquelles certaines franges des publics occupants sont assignées et des chocs moraux qui leur sont associés ensuite ; et de l’importance d’acteurs intermédiaires locaux des causes pour lesquelles les ZAD sont constituées enfin, l’occupation constitue une modalité de contestation dont les probabilités d’occurrence, de politisation et de durabilité sont réduites.