Un traitement spécifique des migrations d’outre-mer : le BUMIDOM (1963-1982) et ses ambiguïtés

Dossier : L’État outre-mer
Par Sylvain Pattieu
Le BUMIDOM, créé en 1963 par le gouvernement français, est une société d’État dont l’objectif est d’encadrer et d’organiser les migrations venues des DOM, afin d’y désamorcer la crise sociale latente. Son existence et sa politique témoignent de la persistance d’un traitement spécifique par les pouvoirs publics, au-delà de l’ère coloniale, des DOM et de leurs populations. Une telle persistance pose la question d’une ligne de couleur à la française, moins rigide et moins aisément appréhendable que dans les sociétés caractérisées par une ségrégation institutionnalisée. Elle ne s’appuie pas sur un racisme biologique, mais sur des pratiques justifiées par une origine géographique et culturelle. Les migrants venus des DOM par le BUMIDOM sont considérés par la société d’État comme des citoyens. Ils sont pourtant l’objet d’un encadrement paraétatique et associatif particulier, de pratiques et de préjugés qui participent d’une racialisation diffuse, davantage culturaliste que coloriste, l’une n’excluant pas l’autre. Les migrations organisées par le BUMIDOM participent des relations profondément inégales entre la métropole et les DOM. De ce fait, le BUMIDOM, malgré son caractère finalement peu coercitif, reste dans les mémoires comme une institution faible et mal aimée. Les acteurs du BUMIDOM ont certes envisagé les migrants domiens comme des citoyens à part entière, mais non seulement leurs actions ont été contraintes du fait de la position dominée des populations qu’ils prétendaient encadrer, mais, de surcroît, les politiques qu’ils ont menées ont contribué, par certains aspects, à les y maintenir, ainsi que les DOM.
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