L’engagement des « transfuges coloniaux » en Guyane française : genre, relations coloniales et mobilité sociale

Dossier : Mobilités sociales
Par Stéphanie Guyon
À partir d’une enquête ethnographique au sein du mouvement amérindien de Guyane française, cet article appréhende les liens entre mobilités sociales et engagement en articulant relations postcoloniales, classe, genre et génération. L’article met en évidence la sexuation des trajectoires de mobilité ascendante : les hommes amérindiens connaissent une réussite scolaire supérieure à celle des femmes, accèdent à des positions de professions intermédiaires, bénéficient d’une mobilité géographique en métropole jusque-là réservée aux créoles et héritent bien souvent de leurs aînés de responsabilités militantes. Si l’école, qui favorise une relative autonomie à l’égard des assignations sexuées traditionnelles, joue un rôle indéniable dans la promotion sociale des femmes amérindiennes, celles-ci bénéficient aussi de dynamiques de socialisation au milieu d’accueil qui se produisent en dehors de l’institution scolaire et, de manière plus informelle, dans l’intimité des couples. Leur mariage avec des hommes créoles ou métropolitains leur fournit ainsi les ressources nécessaires à leur engagement associatif et/ou politique. Cet article montre aussi ce que l’engagement fait à la mobilité en termes d’opportunité de rattrapage scolaire ou de reconversion professionnelle. Là aussi, les chances de reconversions promotionnelles du militantisme sont supérieures pour les hommes que pour les femmes. Toutefois, depuis la réforme paritaire, les femmes ont comme les hommes des opportunités d’entrée en politique au niveau local.
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