Mobilités sociales et rapports au pouvoir institutionnel : une élite du hip-hop en banlieue rouge

Dossier : Mobilités sociales
Par Pauline Clech
À la fin des années 1980, le hip-hop est devenu une contre-culture juvénile et banlieusarde qui a constitué un important lieu de socialisation, à côté de la famille et de l’école, au sein de groupes de pairs à base locale. En analysant les trajectoires post-adolescentes d’enquêtés socialisés au sein de cette contre-culture et cherchant à se maintenir, une fois adultes, durablement dans cette voie, cet article montre qu’une jeunesse s’y est forgé un capital culturel illégitime. Ce capital culturel est à la fois une capacité de repérage au sein d’arts encore peu institutionnalisés, un ethos spécifique issu en partie de la « culture des rues » et une politisation sous forme de conflictualité et de revanche sociale, ainsi qu’une méfiance vis-à-vis de toute forme de pouvoir institutionnel. L’acquisition de ce capital culturel a des conséquences sur la position sociale atteinte à l’âge adulte. Deux types de mobilité sociale sont repérables : des enquêtés d’origine populaire connaissent une ascension sociale, là où d’autres, issus des classes moyennes, parviennent à conjurer un déclassement probable. Ce capital culturel a besoin d’espaces d’actualisation pour être socialement efficace : s’il reste largement illégitime au sein de la société, nous montrerons les liens dialectiques qui se sont noués au cours du temps entre ce capital culturel, la mobilité sociale et le pouvoir institutionnel local.
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