Protagonisme et crises politiques

Dossier : Protagonisme et crises politiques
Individus « ordinaires » et politisations « extraordinaires »
Par Quentin Deluermoz, Boris Gobille
Conçu comme une introduction au dossier thématique, cet article revient sur la notion de « protagonisme » forgée par l’historien Haim Burstin à propos de la Révolution française. Il en présente les spécificités, ainsi que la manière dont elle condense des déplacements significatifs dans l’analyse des crises politiques et des révolutions. Tester cette proposition historienne sur des terrains et des disciplines variés permet de se livrer à un exercice original d’interdisciplinarité et de mesurer la fécondité du regard que la notion invite à porter sur un enjeu central des conjonctures critiques : leur capacité à transformer les individus en acteurs de l’Histoire, et la contribution de ceux-ci à la dynamique des événements. La présentation des contributions est l’occasion de dresser un premier bilan. Il apparaît que la notion permet de revisiter des dimensions nodales des moments critiques, qui tiennent aux temporalités qui sont en jeu, aux fabriques instables et processuelles de la légitimité, au rôle des affects dans les conduites, au travail de signification opéré par des collectifs organisés. Des compléments semblent toutefois nécessaires pour la rendre plus opératoire encore, tels que la prise en compte des régimes politiques, des cultures temporelles, des précédents historiques, des cycles de répertoires protestataires et des formes d’invisibilisation collective. Au-delà, cette expérience rappelle certains des enjeux toujours vifs qui se posent à l’analyse, comme celui de la comparaison, et en suggère d’autres, comme celui des frontières parfois brouillées entre l’ordinaire et l’extraordinaire.
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