Le rire et le sacré

Varia
La révolte graphique du caricaturiste Louis Marie Bosredon en 1848
Par Olivier Ihl
Après la chute de la Monarchie de Juillet, les images lithographiées se lancent à l’assaut du politique. Dès le printemps 1848, Louis Marie Bosredon, ouvrier socialiste, participe à cette révolte. Il multiplie les caricatures, notamment avec une série de dessins édités par Lordereau, rue Saint-Jacques ou par Bès et Dubreuil, rue Gît-le-Cœur. Comme pour mettre à bas l’éminence visuelle du roi. En s’efforçant de retrouver le temps et la narration de ces images fixes, cet article s’efforce de comprendre en quoi ces tirages participent de l’événement politique. Car la République n’a pas seulement ouvert, en 1848, un espace de libertés, celui des rires de lèse-majesté. Elle a tenté de donner son éclat à la souveraineté d’un peuple-roi. Longtemps inconnu, ce dessinateur n’a pas juste ri des grands qui chutaient. Il s’est appliqué à mettre en scène une autre formule de grandeur. Pour le mesurer, il faut interroger l’art comique de ce graveur. Non pas se contenter d’interpréter chaque dessin, en posant d’hypothétiques « significations », mais renouer avec leur structure sociale, notamment au travers les projets et dispositions qui, concrètement, ont pu les inspirer. Comment ses estampes, aujourd’hui presque sans vie, sont-elles entrées en insurrection ? Quel rôle le rire a-t-il joué dans cette recomposition du sacré en politique ? Un axe de recherche qui invite à expliquer de quoi se nourrit la révolte graphique de Louis Marie Bosredon, en somme, en quoi la caricature a pu donner libre cours à sa critique du gouvernement représentatif.
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