La destinée manifeste de l’entrepreneuriat kényan
Cet article se propose d’étudier, à travers l’adoption par les entrepreneurs locaux de répertoires internationalisés de la philanthropie, les mutations d’une éthique économique en Afrique. Au Kenya où les plans d’ajustement structurels ont accentué l’épuisement du clientélisme fondé sur la rente étatique, ces dernières années ont vu s’accroître la concurrence entre professionnels du patronage politique et nouveaux entrepreneurs philanthropes. Dans cette friction entre rôles élitaires se dessine par accommodements successifs un jeu d’extraversion : les vieilles dynasties politiques aujourd’hui salies par la condamnation des répertoires anciens de l’accumulation retrouvent une vertu par la grâce des répertoires internationaux de la philanthropie. Alors qu’explose le cadre ethnique dans lequel se pensait jusque-là le don civique, la philanthropie fait la promotion pour l’ensemble du pays d’un gouvernement managérial par projets qui justifie la privatisation croissante des modes d’accumulation économique. L’imaginaire d’un Kenya devenu un pays développé par la grâce des partenariats public-privé, adossé à un nationalisme qui a toujours lu dans l’Ancien Testament une métaphore des tribulations du pays, fait des entrepreneurs des artisans éclairés dont la destinée manifeste est de guider le pays vers un salut économique dans lequel ils pourront s’accomplir enfin.