Prise en charge et stigmatisation des avortantes dans l’institution médicale : la classe des femmes sous surveillance

Dossier  : « Politiques sexuelles »
Par Marie Mathieu, Lucile Ruault
Depuis 1975 et la délégation exclusive des avortements à la sphère médicale, l’emprise de l’État sur le travail reproductif des femmes a connu de profondes métamorphoses. L’article vise à nourrir une sociologie de l’action publique de santé, afin de saisir les recompositions de l’application de la politique de contrôle des naissances et les investissements professionnels qu’elle implique. En nous appuyant sur des matériaux variés – observation de différentes structures de prise en charge des avortements, ainsi qu’entretiens menés auprès de professionnelles de soin et de femmes ayant avorté en France –, il s’agit d’analyser les parcours institutionnels d’avortement. L’agencement des espaces, l’organisation des examens, les pratiques des professionnelles et la codification des interactions participent d’un étiquetage des usagères et d’une inertie des représentations. La stigmatisation des populations contrôlées et l’échelle de valeurs construite à propos des parcours procréatifs s’articulent avec un travail de rééducation des comportements des déviantes, alors enjointes à adhérer aux normes procréatives et contraceptives tout comme à un recours exceptionnel à l’avortement.
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