L'économicité d'EDF

Dossier : Mise en ordre de l'économie
La politique tarifaire d'Électricité de France et la reconstruction de l'économie nationale, de la nationalisation au milieu des années 1960
Par Guillaume Yon
La politique économique menée dans la France de l’après-guerre est usuellement qualifiée de keynésienne. Un certain nombre d’études récentes ont cependant attiré l’attention sur les ambivalences et les contradictions de cette configuration, qui semble se craqueler dès les années 1950. Saisissant cette hypothèse de travail, le présent article s’intéresse à la politique tarifaire d’Électricité de France (EDF), monopole public qui couvre un pan entier de l’économie, et non des moindres : la production, le transport et la distribution de l’électricité, pour tous les consommateurs de la nation, sans exception. Contournant le discours des acteurs, qui considèrent la question sous l’angle d’un pur problème technique d’efficacité économique, l’enquête cherche à montrer qu’à partir de la tarification se déploie une « mise en ordre » de l’économie française très particulière. Appuyée sur les grands Corps de l’État, dirigée par la figure tutélaire de Maurice Allais, mise en œuvre par Marcel Boiteux et Pierre Massé, elle instaure le Service des études économiques générales d’EDF en agrégateur central qui oriente les flux de matière de façon à utiliser à plein les capacités de production, comme en temps de guerre. Mais, singularité profonde du régime étudié, cette planification de long terme fait advenir, au sein même d’un monopole d’État, un marché : les prix sont un appui pour discipliner les consommateurs. L’article propose donc de se doter d’une vision plurielle de l’économie française de l’époque : à côté du keynésianisme, d’autres agencements voient le jour, dès la fin de la guerre.
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