« Nous vengerons nos pères... »

Varia
De l'usage de la colère dans les organisations politiques d'extrême gauche dans les années 1968
Par Florence Johsua
Cet article propose d’étudier un versant particulier des logiques qui ont pu participer aux ruptures d’allégeance avec l’ordre établi caractéristiques des engagements critico-sociétaires des années 1968 en France. Par le prisme d’une sociologie de l’engagement attentive aux émotions des protagonistes, à leurs conditions sociales et historiques de production et à leurs effets, il analyse le rôle de la colère et du désir de vengeance éprouvés par une fraction particulière de la génération post-guerre en France, jeunes hommes et femmes d’origine juive nés à la fin de la Seconde Guerre mondiale ou après la Libération, dont les familles ont été personnellement touchées par la traque et le génocide des Juifs, pour éclairer sous ce jour les logiques constitutives de leur engagement « communiste révolutionnaire ». À partir de l’analyse de sources orales, écrites et iconographiques, sont plus particulièrement étudiés les processus de politisation des acteurs et les conditions du passage à l’engagement. La recherche souligne le rôle d’une configuration particulière, formée par la rencontre entre des dispositions incorporées favorisant la colère et le désir de représailles, un contexte ouvrant une voie d’extériorisation de la violence subie et un cadre organisationnel et politique, qui crée alors les conditions de possibilité d’une conversion de la colère en puissance d’agir.
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