Quand les services de renseignement repensent la guerre

Dossier  : Ni guerre, ni paix
Éléments d'une archéologie de la « sécurité nationale » (États-Unis, 1919-1941)
Par Alexandre Rios-Bordes
D’où vient la « sécurité nationale » ? De la genèse de ce concept extraordinairement équivoque, on ne sait pas grand-chose, sinon ce que la littérature historique a établi depuis longtemps, c’est-à-dire qu’il s’agit d’un produit américain des premiers temps de Guerre froide, inspiré par l’expérience du conflit mondial et dicté par la confrontation avec l’Union soviétique, accompagnant l’intégration de ce qu’on allait justement appeler l’« appareil de sécurité nationale ». Sans rien nier de l’importance de ce moment charnière, le présent article se propose d’ouvrir une nouvelle piste, en s’intéressant à ce qui se joue discrètement, un quart de siècle plus tôt, au sein des deux modestes services de renseignement des forces armées, la Military Intelligence Division (MID) et l’Office of Naval Intelligence (ONI). À partir de leçons spécifiques tirées de l’expérience de la « guerre moderne », on y opère la rupture définitive, théorique et pratique, avec quatre distinctions centrales dans la pensée militaire : la guerre et la paix, le militaire et le civil, l’intérieur et l’extérieur, l’ami et l’ennemi. Notre hypothèse est que, ce faisant, les services de renseignement ouvrent silencieusement mais concrètement la voie à cette forme de rationalité gouvernementale que l’on désignera bientôt par le concept de « sécurité nationale ».
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