Une profession balkanisée : les psychologues face à l'État en France (1945-1985)

Varia
Par Thomas Le Bianic
Dans cet article, nous nous intéressons au rôle des pouvoirs publics dans l’émergence de la profession de psychologue en France depuis les années 1950. Nous montrons que cette profession a eu recours à deux voies différentes dans la conquête d’un statut professionnel. D’une part, elle s’est attachée à consolider, dès l’après-guerre, des statuts particuliers dans différents segments de la fonction publique, en particulier dans le champ de la santé et de l’éducation. D’autre part, les syndicats et associations professionnelles ont construit un discours unitaire, défendant l’idée d’un « statut unique » des psychologues. Ces deux stratégies se sont révélées largement incompatibles et expliquent en partie les difficultés que rencontrent aujourd’hui les psychologues pour asseoir leur légitimité. Dans la première partie de l’article, nous montrons que les premiers statuts de psychologues sont apparus dans l’après-guerre en lien avec la mise en place de nouvelles politiques publiques dans le champ de la santé, de l’éducation ou des politiques d’emploi, et qu’ils ne sont pas le produit de la mobilisation du groupe professionnel lui-même, qui reste très éclaté au cours de cette période. À partir des années 1970, bien que les formations universitaires et les débouchés en psychologie se développent à un rythme rapide, les tentatives d’unification de la profession se heurtent aux statuts qui se sont consolidés dans le secteur public au cours de la période précédente. Les organes représentatifs de la profession parviennent à se fédérer au début des années 1980 et obtiennent en 1985 une loi réglementant l’usage du titre de psychologue. Celle-ci se révèle toutefois insuffisante pour surmonter la forte balkanisation de ce groupe professionnel, née de la variété des pratiques et des statuts au sein de leurs administrations de tutelle.
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