La mise en système et l'économicisation de l'enseignement en France au début des années 1950 : la fonctionnalisation d'une institution

Par Philippe Bongrand
Alors que l’enseignement de la IIIe République visait implicitement à reproduire les structures socio-économiques qui lui étaient contemporaines, pendant les « Trente glorieuses », au contraire, l’unification du système éducatif est explicitement conçue pour orienter des individus vers différentes catégories professionnelles à faire advenir. Tout en revendiquant l’objectif d’égalité des chances des enfants, « la réforme de l’enseignement » entend en particulier répondre à des besoins en cadres et techniciens. Ce projet d’une école aussi juste socialement qu’efficace économiquement est alors scellé dans les structures, durables, d’un système éducatif qui entend répartir les élèves vers les différents secteurs et niveaux professionnels. Observé entre la fin des années 1940 et le milieu des années 1950, au prisme de publications professionnelles et d’archives administratives, cet endossement d’une finalité économique se place au croisement, d’une part, de l’investissement accru des milieux agricoles et industriels dans la formation et, d’autre part, de concurrences internes à l’institution scolaire pour définir la réforme. Ce croisement est catalysé par la circulation de savoirs qui étayent et rendent compatibles des lectures économiques et démocratiques de l’enseignement. L’article envisage ainsi la politique publique de réforme de l’enseignement comme rouage d’un processus de fonctionnalisation économique de l’institution scolaire.
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