De la prison dans la ville à la prison-ville

Dossier : Les espaces du contrôle social
Métamorphoses et contradictions d'une assimilation
Par Grégory Salle
Cet article entend démontrer que dans la période postérieure à la crise de l’ordre carcéral des «?années 1968?», la conception de la prison en tant que ville s’est substituée à l’ambition – déclinante dans l’idéal et ineffective dans le réel – d’insérer la prison dans la ville. Pour ce faire, il adopte successivement un point de vue généalogique et sociologique. Il s’appuie d’abord sur trois rapports produits par des commissions spéciales dans le dernier quart du XXe siècle (1974, 1985, 1996), au travers desquels se lit l’évolution des préoccupations officielles. La tension qui travaille le rapport de la prison à la ville s’y résout progressivement en concevant la ville dans la prison, plutôt que l’inverse. On passe graduellement d’un impératif d’inclusion de la prison dans la ville à la projection analogique de la prison comme ville. Une recherche menée dans l’une des nouvelles prisons élaborées à cette image permet ensuite de mettre en relief un paradoxe saisissant?: l’agencement carcéral calqué en principe sur l’urbanité fonctionne en fait comme un facteur d’atomisation brisant les faibles opportunités de socialisation intra muros. Mais cet échec apparent, celui de l’assimilation urbaine de la prison, peut être aussi lu comme un succès?: celui d’une rationalisation utilitariste, entre économie et sécurité, du contrôle de l’espace.
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