Une « Algérie californienne » ?

Dossier
L'économie politique de la standardisation dans l'agriculture coloniale (1930-1962)
Par Antoine Bernard de Raymond
Partant de l’expérience de standardisation des fruits et légumes dans l’Algérie coloniale, des années 1930 à l’indépendance, cet article décrit les différents sens que revêt la standardisation et comment celle-ci, en fonction du sens qui lui est donné et de sa portée, peut avoir une dimension politique. Dans son sens économique, la standardisation consiste a minima à homogénéiser certaines caractéristiques du produit fini, et a maxima à transformer l’ensemble des espaces sociaux parmi lesquels il circule pour les aligner sur un même espace de calcul. En l’occurrence, la politique de standardisation menée en Algérie vise à passer d’un capitalisme d’intermédiaires à une « économie concertée », maîtrisée par des coopératives de producteurs, en vue de la conquête de marchés de masse dans un contexte de libre-échange mondial. Mais la standardisation ne remplit pas qu’un but économique : elle s’inscrit dans une logique bureaucratique de technicisation du gouvernement, ainsi que dans un projet politique visant à relancer la colonisation en développant un peuplement dense d’agriculteurs européens à l’intérieur des terres algériennes. Enfin, la standardisation correspond à une logique de transformation des conduites de vie, à la massification de la production et des débouchés, et à l’uniformisation du goût, étant supposées favoriser une forme de pacification de la société. Dans cette dernière acception, la standardisation apparaît paradoxalement comme politique, en ce qu’elle cherche à éviter le politique pour le réduire à l’économique.
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