Pour une analyse des films de leur production à leur réception

Par Audrey Mariette
Français

Résumé

En prenant appui sur une enquête de terrain consacrée à la catégorie de « cinéma social » en France dans les années 1990-2000 et en mobilisant des cas de films mettant en scène des mobilisations collectives, cet article se propose d’étudier à quelles conditions et comment le cinéma peut être un matériau d’enquête pour le chercheur en sciences sociales. À l’image d’autres matériaux plus traditionnels et malgré les proximités de regards entre les espaces artistique et scientifique, les films, qu’ils soient documentaires ou de fiction, ne constituent pas des documents bruts donnant accès au « réel » : pour pouvoir les constituer en source, le chercheur doit les prendre comme objet d’analyse en croisant analyse interne et externe, en mettant en relation leurs conditions de production et de réception. Au-delà de cette proposition méthodologique, le cinéma pris comme objet (plus que comme source) peut être le lieu de mobilisations collectives et ouvrir des terrains de recherche heuristiques pour aborder sous un angle nouveau l’action collective et les savoir-faire militants. De leur production à leur réception, les « films sociaux » sont en effet l’objet de multiples appropriations qui peuvent aller dans le sens d’une politisation.