Le mouvement ouvrier contre la peinture au plomb

Dossier  : Santé et travail
Stratégie syndicale, expérience locale et transgression du discours dominant au début du XXe siècle
Par Judith Rainhorn
Dans les premières années du XXe siècle, la revendication de la suppression de la peinture au plomb, responsable du saturnisme des peintres en bâtiment, est apparue brutalement dans le discours et la propagande de la CGT. Après des décennies de silence sur la santé au travail, l’étude de cette irruption tardive permet de réfléchir à l’usage que les instances syndicales font de la question sanitaire qui, toute marginale qu’elle reste, qui peut s’avérer un précieux outil de mobilisation, comme lors des grèves de peintres à Lille en 1906. La question de l’interdiction de la céruse contribue également à revaloriser le rôle de personnalités exceptionnelles (Abel Craissac) et d’expériences locales de coopération sociale (médecins et ouvriers peintres à Lille) qui sont autant de transgressions, à l’échelle nationale et locale, du discours ouvriériste dominant dans le syndicat avant la Première Guerre mondiale. Participant de la « nébuleuse réformatrice », ces acteurs jouent un rôle de premier ordre dans la prohibition du produit toxique et participent, de ce fait, à la lente élaboration d’un discours social et institutionnel sur la santé au travail.
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