L'invention de l'opinion publique européenne

Dossier  : L'Académie européenne
Genèse intellectuelle et politique de l'Eurobaromètre (1950-1973)
Par Philippe Aldrin
Créé en 1973, le programme Eurobaromètre de la Commission européenne constitue aujourd’hui la source principale et parfois exclusive des études portant sur l’opinion des Européens à l’égard du processus d’intégration. Par leurs analyses secondaires des données Eurobaromètre mais aussi par leur collaboration directe au programme, les chercheurs universitaires ont largement contribué à lui assurer ce quasi-monopole d’expertise sur l’analyse empirique des attitudes européennes. Malgré cette proximité avec les milieux académiques, le programme de la Commission n’a jamais cessé d’être un instrument politique ; d’abord comme appareil de mesure de la « météorologie de l’opinion » au service de la politique d’information communautaire, puis comme dispositif de prospective au service de la mise sur agenda et de la publicisation de l’action communautaire. En retraçant la double genèse intellectuelle et politique des « sondages européens », cet article entend montrer que leur ambivalence fondatrice trouve ses raisons sociologiques au-delà même des coordonnées institutionnelles, sociales et chronologiques de l’EB. En suivant les transformations d’un monde des sondages d’opinion transcommunautaires qui s’organise dès les années 1950 autour d’agents communautaires, de spécialistes académiques et de professionnels des sondages et qui permettra l’invention de l’« opinion publique européenne », l’analyse rend compte d’une autre histoire du rôle (et de l’enrôlement) des scientifiques dans la construction de l’Europe politique.
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