Actions délicates et épreuves de justice à Jérusalem-Est

Varia
Par Sylvaine Bulle
La morale et la justice peuvent-elles s’inscrire dans des situations imposant la survie et comprimant toute possibilité de liberté et d’accomplissement individuels ? À cette question, nous tentons d’apporter des éléments de réponse en suivant le cours des actions des citadins demeurant à Jérusalem, ville caractérisée par la séparation politique et urbaine en raison de la création récente de la barrière de sécurité coupant les faubourgs arabes de la ville. La quête d’un mieux-vivre tout comme l’absence de perspective de sortie de crise politique dans les Territoires palestiniens et à Jérusalem conduisent en effet les citoyens à des actions délicates. L’étude concerne des activités illicites voire immorales, contrevenant aux normes mais régulant les injustices. En nous référant à un cadre théorique construit par la sociologie pragmatique des régimes de justice, nous décrirons donc au fil des pages des opérations de justification du mieux-être des citadins clôturés qui se présentent comme des occasions de confirmer la sensibilité multiple et l’éclectisme des normes des acteurs soumis à de fortes contraintes pratiques. Elles mettent en crise le registre habituel de l’ethnographie des comportements de survie et de la sociologie de la domination. L’ensemble de ces actions appelées épreuves de justice et de légitimité ne sont pas sans portée politique : elles posent silencieusement la reconnaissance des citadins « entravés » en deçà d’un cadre de justice institutionnelle.
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