Le droit emprisonné ?

Dossier : État et illégalismes
Sociologie des usages sociaux du droit en prison
Par Grégory Salle, Gilles Chantraine
L’enjeu théorique d’une sociologie empirique des usages du droit en prison est de récuser le juridisme, sans épouser pour autant la critique univoque qui consiste à discréditer toute progression juridique comme nécessairement promise à l’échec ou inéluctablement vouée à renforcer, en les masquant, les rapports de domination. Après une mise en perspective historique des conditions d’imposition de la problématique des droits en prison après 1968 en France, cet article s’appuie sur plusieurs enquêtes nourries de sources diverses (archives, entretiens, observations, documents administratifs) pour décrire la pluralité et l’ambivalence des effets sociologiques de l’introduction du droit en détention. Plus que sur l’ineffectivité juridique, il met en relief les contradictions résultant de l’application des normes, en signalant par exemple la dévalorisation de certains savoir-faire pratiques. Une analyse de la gestion différentielle des illégalismes transposée en détention permet, entre autres, d’esquiver l’opposition convenue entre droit et non-droit pour rendre compte au contraire de leur entrelacement. Ni panacée, ni piège, les conquêtes juridiques sont pragmatiquement déterminées par la valeur d’usage des ressources qu’elles offrent en situation.
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