Émile-Justin Menier, un chocolatier en République

Les controverses sur la légitimité de la compétence politique d'un industriel dans la France des années 1870
Par Nicolas Delalande
La transition institutionnelle des années 1870, du second Empire à la troisième République, permet l’irruption de nouvelles figures sur la scène politique. Émile-Justin Menier, un industriel qui a fait fortune dans la fabrication du chocolat sous le second Empire, entre en politique en 1871 et s’engage dans le camp républicain. Cet article s’intéresse au processus par lequel cet homme d’affaires est parvenu à convertir en peu de temps ses ressources entrepreneuriales en ressources politiques et électorales. En cumulant une implantation locale forte dans le département de la Seine-et-Marne avec un accès direct au centre du pouvoir, Menier s’impose comme une figure originale de la mouvance républicaine, à la charnière de l’économie, de la science et de la politique. Les controverses et les résistances qui accompagnent sa carrière élective et son projet d’impôt unique sur le capital révèlent les difficultés rencontrées dans le processus de légitimation de la compétence des industriels et des commerçants, et permettent de mieux saisir les mécanismes par lesquels les professionnels de la politique s’efforcent de marginaliser les nouveaux entrants dans l’arène politique. La trajectoire sociale et politique de Menier, au-delà de son cas individuel, illustre enfin les transformations de l’idéologie et de la politique républicaine, et inaugure une nouvelle forme de représentation des intérêts en politique, en imposant l’usage d’une nouvelle catégorie, le « contribuable », dans l’espace public.
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