Importer Berlusconi

Le déchiffrement de l'expérience politique de Bernard Tapie à la lumière du « populisme » italien
Par Philippe Riutort
Les résultats des élections européennes de 1994, marquées en France par le succès relatif de la « liste Tapie » et en Italie par la consécration de Forza Italia de Silvio Berlusconi ont donné lieu à une avalanche de commentaires inquiets. Un parallèle entre ces deux entreprises politiques « atypiques » a immédiatement surgi sous la plume des analystes politiques les plus divers, manifestant par ce rapprochement inopiné leur désarroi interprétatif face à des phénomènes politiques qui leur semblaient, sur le moment, largement inexplicables. L’amalgame entre ces deux outsiders du jeu politique a également facilité l’émergence d’une entreprise de disqualification conjointe reposant sur l’invocation du « populisme », érigé en explication des deux phénomènes. Ce rapprochement singulier met toutefois en évidence que l’opération de stigmatisation, loin de produire tous les effets escomptés par ses promoteurs, est susceptible d’octroyer paradoxalement des ressources aux acteurs politiques émergents, en leur permettant notamment de s’inventer une forme de virginité politique ou, à l’inverse, en inscrivant une « marque » politique émergente dans une tradition bien établie. Les aléas de la qualification « populiste » paraissent, au vu de ces deux cas exemplaires, renseigner moins sur les caractéristiques des entreprises politiques elles-mêmes que sur leur degré d’insertion et de reconnaissance au sein du jeu politique.
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