Économie morale du pèlerinage et société civile en Iran : les voyages religieux, commerciaux et touristiques à Damas

Par Fariba Adelkhah
Le pèlerinage est une pratique religieuse centrale dans l’islam. Mais sous ce constat banal se cache une grande complexité sociale et historique. D’une part, le pèlerinage n’est pas un phénomène atemporel. Il est situé dans le temps et bien sûr dans l’espace. D’autre part, il comporte des aspects extra-religieux, mondains ou profanes. Cette complexité fait du pèlerinage une pratique politique notable. L’observation participante d’un voyage de pèlerins téhéranais aux lieux saints chiites de Damas et Alep, en juillet 2003, permet de dégager le rôle que les femmes y exercent désormais, à la fois sur les plans de la religiosité et du commerce à la valise, et les conséquences sociales qui en découlent du point de vue des relations de genre, de l’autonomisation des rapports marchands eu égard au pouvoir politique et des processus d’individuation. L’expérience religieuse, tout en gardant sa transcendance et son irréductibilité, va de pair avec l’omniprésence du calcul économique rationnel : le pèlerinage est moins l’actualisation d’une communitas de croyants que la constitution d’un champ de pratiques et de luttes sociales, dans le double contexte de la nation et de la globalisation.
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