Les métamorphoses du gouvernement du parasitisme en Afrique

Insecticides, frontières et civilisation dans la lutte antipaludique (1930-1962)
Par Matthieu Fintz
À partir des années 1930, on peut observer un changement dans la manière selon laquelle les paludologues définissent le poids du paludisme parmi les communautés africaines. Avant cette période, ils concentrent principalement leur attention sur le paludisme épidémique qui se manifeste dans les zones de peuplement européen et sous-estiment le paludisme « hyperendémique » en Afrique rurale. Cela est dû à la croyance qu’une immunité raciale « naturelle » protège les indigènes du paludisme. Cette différence fondamentale entre les immunités noires et blanches a créé deux types de politiques : un laisserfaire pour les premiers et une politique plus interventionniste pour les seconds. Lentement, les paludologues ont cependant abandonné les explications raciales pour davantage se fixer sur un processus « social » ou « civilisationnel ». Dans cette optique, les immunités au paludisme devinrent moins fixes. On peut se demander si ce changement a ouvert de nouvelles opportunités pour contrôler le paludisme dans les communautés rurales connaissant une forte endémie. D’une part, l’après seconde guerre mondiale peut représenter un tel revirement avec le design de zones pilotes pour les aspersions d’insecticide. D’autre part, la mise en œuvre de ces schèmes peut aussi signifier une translation du gouvernement du laisser-faire avec la civilisation remplaçant simplement la nature.
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