Guerrilla diffusa

Clandestinité, soupçon et provocation dans le conflit entre organisations révolutionnaires subversives et l'État ouest-allemand (années 1970)
Par Dominique Linhardt
La littérature consacrée au terrorisme met massivement l’accent sur la violence. Il n’y a à cela rien d’étonnant lorsqu’on considère que ce qui fonde l’action terroriste, c’est l’attentat et que l’attentat engage, par définition, l’exercice d’une violence. Cependant, cet état de fait devient problématique dès lors que l’on réduit l’action terroriste au seul usage de la violence. Si la faculté de suspendre l’interdit du recours à la violence est indéniablement un aspect du modèle d’action terroriste, elle ne l’épuise pas. Parmi les aspects qui méritent une plus grande attention, on trouve la faculté des terroristes à agir clandestinement. L’action clandestine n’est pas seulement une condition de la possibilité d’accomplir un attentat ; elle n’est pas seulement au fondement de l’ouverture d’un espace du soupçon qui fait partie intégrante de l’efficacité de l’agir terroriste ; elle se rend également descriptible comme ce qui permet aux groupes terroristes, suivant une logique de provocation, de jeter l’État dans l’arène du conflit. L’exemple empirique est celui des « années de plomb » allemandes. Ce cas offre l’opportunité de décrire pas à pas la manière dont la stratégie du maintien des « apparences normales » des membres de la guérilla urbaine s’est constituée en un problème policier d’abord, en un objet d’âpre débat public ensuite, amenant une mise en cause profonde de l’État – ce qui était précisément l’objectif visé par les groupes clandestins.
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