Enquête sur les usages sociaux du traumatisme à la suite de l'accident 1 de l'usine AZF à Toulouse

Par Stéphane Latté, Richard Rechtman
L’accident chimique de l’usine AZF à Toulouse, le 21 septembre 2001, a donné lieu à une formidable mobilisation autour du risque psychotraumatique. Initié dès les premières heures par le maire de la ville appelant les cliniciens à se porter au-devant des blessés psychiques, le registre traumatique a été mobilisé par l’ensemble des acteurs, sinistrés, cliniciens, autorités politiques et administratives, ouvriers, syndicats, et experts. Cette mobilisation soulève de nombreuses questions auxquelles cette enquête tente de répondre. Car la sollicitation inaugurale de la parole psychologique exerce des effets durables qui dépassent largement le temps de l’urgence. Elle met en circulation des registres légitimes d’expression de la plainte qui pèsent sur les façons dont on interprète l’explosion, sur la hiérarchisation des groupes candidats au statut de victimes ainsi que sur les modalités de la réparation financière des dommages. Mais surtout le cas toulousain illustre de façon exemplaire deux ordres de transformations qui affectent conjointement le champ psychiatrique et l’espace politique. L’extension du champ de la psychiatrie aux avatars de la normalité souffrante grâce à la reconfiguration de l’espace de la santé mentale, d’une part, et l’importation, dans le jeu politique, de nouveaux modes de gestion – du côté des pouvoirs publics – et d’expression – du côté des mouvements sociaux – de la plainte et des griefs, d’autre part. La scène toulousaine illustre de façon paradigmatique la rencontre entre des acteurs, des motifs, des intérêts sociaux et des aspirations territoriales, que tout oppose parfois, et qui vont néanmoins emprunter un même langage, celui du traumatisme et de sa légitimité sanitaire, pour exprimer l’authenticité de leurs attentes ou de leurs actions, selon les cas.
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