Le « métier » de vieillard

Institutionnalisation de la dépendance et processus de désindividualisation dans la grande vieillesse
Par Hélène Thomas
Un nouveau modèle assistantiel de protection rapprochée de la grande vieillesse a été promu dans les années 1990, qui combine les dispositifs d’hospicialisation et d’hospitalisation des personnes très âgées et de leur famille. Il n’a pas rompu avec le modèle ancien, assistantiel, hygiéniste et ségrégatif, de traitement de la vieillesse ouvrière. La ligne de partage entre les pauvres invalides, dont la fin de vie entre dans le modèle de la grande vieillesse, et les autres carrières de vieillissement s’est renforcée. Elle sépare les catégories populaires prises en charge de façon étatisée par leurs homologues sociaux, et les catégories intermédiaires et supérieures qui ne connaissent pas ce processus de vieillissement assisté. Pour ces dernières, la vieillesse et la fin de vie des individus sont devenues des pathologies tant au sens social qu’au sens médical du terme. Les personnes et leurs familles endossent alors un statut paradoxal d’individu collectif à la fois usager sans participation et citoyen par procuration, porteur d’une identité palliative de personne sans qualités. Elles font alors, de concert avec leurs proches, l’apprentissage des rôles inhérent au métier de vieillard induit par ce statut.
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