La dépendance ou la consécration française d'une approche ségrégative du handicap

Par Thomas Frinault
La vieillesse, anciennement dite invalide ou semi-valide, a progressivement été désignée sous le vocable de dépendance. Cette procédure d’étiquetage la qualifie comme relevant de la sphère de compétence des autorités publiques. Elle circonscrit un champ supposé être d’une autonomie suffisante pour faire l’objet d’une politique sociale spécifique. Cette dernière repose en France sur un traitement séparé d’avec le handicap adulte en réservant le qualificatif « dépendance » aux seules personnes âgées. Plutôt que l’idée communément admise d’une simple socialisation de différences naturelles, cette séparation ressort d’une naturalisation de différences sociales. Ce qu’indique un détour par la comparaison internationale. En effet, de nombreux pays ont promu un traitement commun du handicap adulte et du handicap âgé. Pour illustrer cette idée de « naturalisation de différences sociales », cet article s’attache à étudier comment la dépendance passe du statut de « condition » à celui de « problème public ». Ce qui implique de restituer la multiplicité des relations causales et des politiques publiques qui s’ensuivent. Si la construction du groupe « personnes âgées dépendantes » participe d’une tendance générale de l’Étatprovidence découpant toujours plus les espaces de résolution des problèmes, elle apparaît surtout comme le résultat cumulatif d’une série d’arrangements pratiques : intérêts professionnels, circonscription d’un public, intérêts départementaux.
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