(Ne pas) juger scandaleux

Les électeurs de Levallois-Perret face au comportement de leur maire
Par Éric Doidy
À partir d’une étude sur le rapport des électeurs levalloisiens aux « affaires » touchant Patrick Balkany (maire de la ville de 1983 à 1995, réélu en 2001), cet article revient sur l’hypothèse d’une influence de l’ancienneté de résidence dans les formes du jugement moral exprimées à propos de pratiques politiques locales. Il révèle trois évolutions, contemporaines les unes des autres : une évolution des modes d’habiter, qui marque le début d’une politique urbaine volontariste (aux anciens habitants du Levallois-Perret populaire des « passages » se substitue une nouvelle population d’un espace urbain devenu résidentiel) ; une évolution parallèle des formes et représentations des pratiques clientélistes (à la mise en valeur des relations de proche en proche par la municipalité précédente se substitue une politique tournée vers la figure économique d’un « résidant rationnel ») ; une évolution, enfin, des formes du jugement moral mobilisées par les électeurs pour traiter des « affaires » (à une condamnation civique des pratiques faisant avantage aux proches, se substituent des formes plus complexes, prenant appui sur des sources diversifiées, des plus générales et civiques aux plus contextualisées). En mettant en avant la pluralité des gestes critiques auxquels engagent ces formes complexes, on entend contribuer ici à relativiser les discours sur la perte du sens civique des électeurs (notamment des couches populaires) mobilisés par les médias lors de la réélection de P. Balkany en 2001.
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