De l'épreuve publique à la reconnaissance d'un public : le scandale Sun Zhigang

Par Isabelle Thireau, Hua Linshan
Le 17 mars 2003, Sun Zhigang, un étudiant de 27 ans, diplômé des beaux-arts, est emmené dans un commissariat de police de Canton, puis dans un centre d’hébergement pour migrants. Il y décède trois jours plus tard. Ces faits, relatés dans un quotidien du sud de la Chine, suscitent une indignation collective qui se manifeste dans la presse et surtout sur Internet. Dénoncés comme scandaleux car reflétant une réalité jugée désormais intolérable, ils révèlent la construction d’une communauté de critères éthiques. L’article analyse les manières de dénoncer l’injustice qui s’expriment à cette occasion, et qui prennent appui sur des principes normatifs partagés, tout autant que sur la façon dont chacun perçoit sa fragilité et sa dépendance par rapport à autrui, en cette période dite de « réformes économiques ». Il analyse également la gestion du scandale par les autorités nationales qui inclut, au-delà d’une réforme des « stations de détention et de rapatriement », une reconnaissance du collectif qui s’est manifesté sous la forme d’un « public » d’événements auxquels il lui est reconnu rétrospectivement le droit d’avoir réagi. En liant ainsi de façon nouvelle opinion publique, jugements d’experts et action publique, cette réponse officielle, même si elle limite l’activité du « public » à un simple rôle d’appui à la décision, crée un précédent, l’action de l’État se trouvant désormais mesurée à l’aune d’attentes nouvelles.
Voir l'article sur Cairn.info