Benoist J., Karsenti B., dir., Phénoménologie et sociologie

Lectures
Par Sébastien Laoureux
En quête de notabilité : vivre et survivre en politique dans la Bulgarie post-communiste Nadège Ragaru Dans la Bulgarie de l'après-1989, le déploiement de stratégies notabiliaires constitue l'une des ressources mises au service de la constitution de l'éligibilité et de l'entretien de la légitimité. La crédibilité des dirigeants politiques repose largement sur leur capacité à entretenir des réseaux d'échange de faveurs, réorganisant les pratiques d'accaparement et de redistribution des ressources publiques observées pendant la période communiste. Pour les élus locaux, le contrôle de ces ressources reste dépendant de la détention de mandats électifs. Il en résulte une concurrence extrêmement vive au sein des organisations politiques pour obtenir l'investiture lors des consultations électorales, concurrence exacerbée par le fait que l'échec induit souvent une exclusion pure et simple du candidat malheureux. Se sont progressivement instaurés des rapports originaux entre aspirants à une carrière politique et entreprises partisanes : à l'image des « électeurs mobiles », sont apparus des « hommes politiques mobiles » qui, pour gérer l'adversité (la double infidélité possible des électeurs et des instances dirigeantes des partis), flexibilisent appartenances partisanes et alignements idéologiques. Incertaine, la carrière se construit dès lors à travers une succession de déplacements d'un « hébergement partisan temporaire » vers un autre, souvent nouvellement créé. Les réseaux constitués pendant l'un de ces séjours fournissent une clientèle électorale et des appuis économiques mis à contribution au moment du transfert. Un tel mode opératoire ne saurait être analysé en termes de crise du politique ou d'« immaturité » démocratique, mais plutôt comme une réponse à une situation dans laquelle les ressources sont rares, l'incertitude forte et les loyautés fluides.
Voir l'article sur Persée