D'impossibles notables ? Les grandes familles de Marseille face à la politique (1860-1970)

Dossier : Trajectoires de la notabilité. I. Pratiques et stratégies
Par Pierre-Paul Zalio
D'impossibles notables ? Les grandes familles de Marseille face à la politique (1860-1970) Pierre-Paul Zalio La faiblesse politique de la bourgeoisie patronale marseillaise entre 1860 et 1970, attestée par le peu d'années où celle-ci occupe, par l'intermédiaire d'un de ses représentants, le fauteuil de maire de Marseille, signifie-t-elle une absence de stratégies politiques de la part des grandes dynasties du système industrialo-portuaire marseillais ? Pour répondre à cette question, l'article analyse comment cette bourgeoisie a retraduit dans le champ politique les contraintes de l'espace économique marseillais et pourquoi les « grandes familles » n'ont pas su instaurer une relation de clientèle propre à asseoir une domination politique. Trois séries de facteurs sont avancées. Premièrement, la bourgeoisie d'affaires à Marseille est plus soucieuse de la maîtrise du port, source de la prospérité négociante, que de celle de la ville. Deuxièmement, la bourgeoisie ne parvient pas à imposer une majorité conservatrice ou modérée face à l'implantation du mouvement ouvrier et de la gauche. Enfin, cette faiblesse politique de la bourgeoisie tient à ses divisions. Les stratégies politiques des grandes familles consistent donc à externaliser la gestion de la ville sur un espace politique dont elles se retirent ou, au mieux, à exercer un certain pouvoir, par délégation, en s'assurant le contrôle de quelques domaines clés (le port, l'immobilier). La période analysée peut alors se lire comme la genèse d'une configuration politique dont on trouve les prémisses dès la première municipalité Flaissières (1892) et qui s'achève avec la fin du « système Defferre » (1977-1986).
Voir l'article sur Persée