L'opinion publique

Analyses politiques allemandes
Par Niklas Luhmann
L'opinion publique Niklas Luhmann L'opinion publique pose trois problèmes : celui de son émergence historique, celui de sa fonction dans le système social et celui de son caractère supposé « public ». Ce sont ces trois problèmes que l'article examine de manière successive. Il montre comment, loin de se confondre avec une simple interaction entre coprésents, l'opinion publique est le produit direct de la complexification et de la différenciation des sociétés urbaines, mais aussi de la différenciation du pouvoir politique lui-même, partagé entre la souveraineté et la raison. « L'opinion publique » a été le moyen par lequel la raison publique pouvait l'emporter sur la souveraineté aveugle. Ce faisant, pourtant, elle s'est à son tour développée comme médium au sein du système social, elle est devenue une « observation de deuxième ordre ». Tout input qui s'efforce d'être nourri de vérité ou de valeur est interprété par « l'opinion publique », et cette interprétation fournit à son tour la matière d'une « opinion publique ». Rien n'autorise donc à dire que l'opinion publique est « rationnelle », ou s'oppose à la non-raison : elle est à chaque itération, dans un mouvement de création et de destruction, observation d'observateurs absents destinés à des observateurs absents. Ceci a pour conséquence une clôture « autopoïétique » du système sur lui-même, où l'opinion publique devient réalité construite construisante, autrement dit productrice de schémas, de scripts sur la réalité politique : script de la crise, script binaire de la norme et de la déviance, ou de la cause et de l'effet, etc. Cela a pour conséquence que la politique ne repose plus sur des vérités établies et éternelles, mais sur des « thèmes » qui sont validés par l'opinion publique comme « chose à discuter », choses toujours relatives, destinées à mourir et se reproduire, dans un mouvement qui nourrit l'autoconsolidation du système politique.
Voir l'article sur Persée