Ki Gendeng : un sorcier en politique. Réflexions sur les dimensions occultes de l'espace public en Indonésie

Economie politique du secret
Par Romain Bertrand
Ki Gendeng : un sorcier en politique. Réflexions sur les dimensions occultes de l'espace public en Indonésie Romain Bertrand L'article analyse l'existence dans l'Indonésie contemporaine, en particulier dans l'Est et le centre de Java, de croyances politiques populaires, selon lesquelles la vie sociale « visible » se double d'un « monde invisible » où de puissantes forces sont capables tout à la fois d'aider ou de faire obstacle aux activités humaines. En ce qui concerne la légitimité politique, locale ou nationale, la publicité donnée à ses relations avec de tels pouvoirs occultes peut servir à discréditer ou, au contraire, à rehausser le prestige d'un homme politique. La première partie traite des utilisations positives du langage de la magie. Des politiciens célèbres en Indonésie font appel à des experts du paranormal et accomplissent des rituels magiques dans le but de justifier leur droit à gouverner. Les deuxième et troisième parties s'attachent aux aspects négatifs ou illégitimes de l'usage de la magie (noire) et des dispositifs du pouvoir spirituel. Les rumeurs sur ses liens avec des créatures diaboliques peuvent aboutir à mettre fin à la carrière d'un politicien arrogant (c'est le cas de Ki Gendeng). La peur de la sorcellerie a aussi à voir avec la manière dont les villageois réorganisent leur univers de représentations dans des périodes de troubles, en se débarrassant de ceux qui sont en dehors des hiérarchies sociales locales (les migrants, les vagabonds, les fous). L'étude des « dimensions secrètes » permet ainsi de donner sens aux explosions de violence et aux protestations qui se manifestent actuellement à Java.
Voir l'article sur Persée