Des questions « jamais entendues ». Crise et renouvellements du journalisme politique à la télévision

Télévision et politique
Par Érik Neveu
Erik Neveu [25-56]. L'élection présidentielle de 1995 et sa mise en scène télévisuelle fonctionnent comme une loupe pour rendre visibles les tensions actuelles du journalisme politique à la télévision. Située à un moment charnière après la fièvre d'innovation des années quatre-vingt, ce rendez-vous électoral rend visible à travers les choix de TFl et France 2 les stratégies concevables et leurs limites. En choisissant de privilégier la diffusion d'émissions brèves, centrées sur la discussion «ésotérique» entre journalistes et hommes politiques, TFl réussit à insérer la politique dans sa grille sans perte d'audience conséquente. La stratégie de France 2, valorisant une longue émission sur tout le début de soirée comporte plus de risques en termes d'Audimat. Par la redéfinition des locuteurs autorisés, elle contribue simultanément à un début de renouvellement des thèmes mis en débat. Dans les deux cas, c'est la définition même du journalisme politique à la télévision qui apparaît comme déstabilisée : par effet de marginalisation une fois la «bulle» de la campagne passée à TFl, par la redéfinition même de la palette des compétences associée au poste «journaliste politique» qu'implique à terme l'orientation ouverte par France 2... qui rejoint certaines expériences américaines ou italiennes en particulier.
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