Lieux intérieurs et culture publique au Maroc

Parler en public (2). Dispositifs contemporains - coordonné par Dominique Cardon, Jean-Philippe Heurtin, Cyril Lemieux
Par Jean-Noël Ferrié
Jean-Noël Ferrie [187-202] Cet article porte sur la notion d'espace public au Maroc. Il critique la distinction classique entre «privé» et «public», et l'idée selon laquelle de nombreux comportements «privés» dépendraient d'une morale également «privée». Au contraire, il montre que les arguments utilisés pour justifier une position privée sont identiques à ceux utilisés pour justifier une position publique. Au Maroc, la différence entre le «privé» et le «public» ne réside pas dans le contenu de l'argumentation mais dans la reconnaissance sociale qui lui est accordée. Est «privé» ce qui est connu mais ne peut être «reconnu». Est «public» ce qui est reconnu. Le pouvoir politique marocain ne peut contrôler les multiples modes de vie de la population ; il peut, cependant, éviter de les reconnaître. C'est ainsi que la liberté de la vie intime n'est pas reconnue. Elle existe comme pratique mais la reconnaître implique de mettre en cause des situations de pouvoir liées à l'État et à l'organisation patriarcale régissant encore une partie des relations entre les gens.
Voir l'article sur Persée