Prises de paroles, prises de silence dans l'espace athénien

Parler en public
Par Silvia Montiglio
Prises de parole, «prises de silence» dans l'espace athénien. Silvia Montiglio. [23-41] Cette étude se propose de comprendre l'articulation entre la parole et le silence à l'assemblée de l'Athènes classique. Pris entre le droit/devoir d'intervenir pour le bien commun et le souci de montrer sa retenue, l'orateur jalonne ses discours de prétéritions afin de suggérer qu'il ne parle que dans l'intérêt collectif, et cela d'autant plus qu'il se loue lui-même ou qu'il insulte ses adversaires. Pour que son silence soit efficace, cependant, il doit déclarer son intention de se taire. Car le silence réel, le vide de parole, est perçu comme un indicateur de malaise ou d'impuissance, dans le cadre d'un rapport qui se veut conflictuel entre l'orateur et le public : celui-ci étant représenté comme tumultueux, l'orateur doit le dompter par ses paroles et par sa voix. En même temps, le tumulte de l'auditoire est une marque de succès pour l'orateur, qui ne connaît pas l'approbation silencieuse. Il en va autrement à Rome, où le silence du public indique son admiration, voire son consensus. Cet écart doit s'expliquer en évoquant l'importance majeure de l'égalité de parole dans la définition de la démocratie athénienne : là où l'auditoire est constitué de parlants virtuels, son silence apparaît comme un comportement négatif, signifiant l'embarras, le rejet, la stupidité.
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