Le vote désinvesti. Quelques éléments d'analyse des rapports au vote

Des votes pas comme les autres
Par Daniel Gaxie
Le vote désinvesti. Quelques éléments d'analyse du rapport au vote. Daniel Gaxie. [138-164]. Les citoyens les moins intéressés par la politique ont davantage de chances statistiques de s'abstenir de voter. En même temps, la participation électorale dépend de beaucoup d'autres facteurs, notamment du sentiment du devoir civique, ce qui peut conduire beaucoup d'entre eux à se rendre aux urnes. Les électeurs sont ainsi très inégalement concernés par les enjeux politiques sur lesquels ils sont appelés à se prononcer. Toute étude du comportement électoral doit donc partir du rapport que les électeurs entretiennent avec leur vote. Cet article présente les résultats d'une enquête par questionnaire et par entretiens approfondis effectuée en 1989 lors des élections municipales à Amiens. Il montre que le degré d'intérêt pour la politique, la campagne électorale, le vote et les résultats est très diférent selon les personnes interrogées. La manière de voter varie également beaucoup selon le degré d'implication. Les citoyens les moins intéressés n'adoptent pas le point de vue général qui leur est généralement imputé. Ils se prononcent sur la personne de l'un des candidats ou à partir de points de repère ponctuels qui correspondent à des enjeux pratiques de leur expérience ordinaire. Inversement, plus le niveau d'instruction et d'intérêt pour la politique s'accroît, plus les électeurs se prononcent sur des critères généraux et spécifiquement politiques, sans que leur comportement se rapproche pour autant du modèle de l'électeur rationnel.
Voir l'article sur Persée